Fanny Erlich
Pour comprendre l’origine de l’inspiration artistique de Fanny Erlich, il faut se replonger dans ses racines, ancrées profondément dans la culture populaire des shtetls* de la Pologne profonde de la fin du 19ème siècle, importée dans leurs valises par ses parents, immigrants pauvres, échoués à Belleville dans les années 20. Enfant, blottie dans un recoin de l’unique pièce du foyer, bercée par les mélodies yiddish psalmodiées par son père, petit tailleur à domicile, et par le rugissement de la machine à coudre, la jeune Fanny s’évade par le rêve et s’invente déjà un monde fantastique de poupées faites de chutes de tissus, de fils multicolores et de boutons dépareillés.
Tout au long de sa vie, elle peindra, peindra, peindra toujours. Pour elle-même, comme en quête de la mémoire d’un monde intérieur perdu. Pas un seul jour sans pinceau, sans crayon, sans fusain. Ses carnets de dessins se couvrent de personnages surgis de l’imaginaire de son subconscient. Elle invente peu à peu un monde poétique très personnel, essentiellement peuplé de figures féminines, surgies en droite ligne d’un shtetl réinventé.
Autodidacte inspirée, elle élabore, en explorant les différents médiums, sa propre technique picturale. Elle affectionne en particulier les portraits. Son regard incisif, pénétrant et non dénué d’humour ne fait pas de cadeau à ses modèles. Ces portraits sondent la complexité de l’âme humaine.
Elle qui aimait aussi bien des peintres comme Chagall, Matisse, Cézanne, Rouault, Vieira da Silva, Renoir, Dubuffet, qui était attentive aux différents mouvements picturaux, amusée par les querelles de clochers des grands prêtres de la pensée artistique, avait un répertoire personnel qui allait du style figuratif poétique à l’abstrait géométrique.
Elle avait une affection particulière pour l’Art brut et pour les créations spontanées des malades mentaux.
Son œuvre qui a son époque, était considérée comme une production féminine, donc de second ordre et décorative, gagne de nos jours, avec l’évolution du regard, ses titres de noblesse. Fanny Erlich, un peintre et une œuvre à découvrir.
*bourgades à prédominance juive ashkénaze d’Europe de l’Est